LES MUSIQUES NOIRES : UNE CULTURE EN MARCHE

017032014100256000000SIPA_billieExposer l’art noir demeure une exception dans les musées occidentaux. En 1989, à l’initiative de Jean-Hubert Martin, l’exposition Les Magiciens de la Terre à Paris (Centre Pompidou et Grande Halle de La Villette) ouvrait son espace aux artistes des pays émergents. Stimulé par cette initiative, la Revue Noire allait s’atteler à révéler les artistes contemporains de l’Afrique et de ses diasporas. Entre 1991 et 2000, trente cinq numéros de la prestigieuse revue mettaient en valeur des dizaines de créateurs dans les domaines des arts plastiques et de la poésie, proposant également des ouvertures vers la littérature et les arts du spectacle. En 2004, Simon Njami, cofondateur de la revue, était le commissaire d’Africa Remix, première exposition pluridisciplinaire consacrée à l’art contemporain d’Afrique.

musiques_noires_haitiLa « world culture » était en marche, mouvement dans lequel s’inscrivait la fondation de Mondomix en 1998. L’exposition Great Black Music prolonge la démarche. Aboutissement de sept années d’évolution, elle a d’abord connu trois phases d’itinérance africaine avant sa présentation à Paris. C’est à Dakar en 2010 qu’a lieu sa première édition, dans le cadre du Festival mondial des arts nègres. « Je constate aujourd’hui quelle chance c’était de démarrer en Afrique, dit Marc Benaïche. L’exposition a poursuivi son trajet dans le monde créole à La Réunion en 2011. Puis elle a rejoint l’Afrique du Sud, pays où la question noire s’est posée de manière exacerbée. »

Cette trajectoire a permis au directeur de Mondomix de vérifier le point de vue exprimé par Jean-Loup Pivin, fondateur, directeur et âme deRevue Noire. Sollicité pour réfléchir à la muséographie du futur Musée du Quai Branly, celui-ci insistait sur le fait de faire comprendre au visiteur qu’« il n’y a pas de société et de civilisation fermées et de temps suspendu. Même si de loin, on a longtemps voulu que les sociétés africaines que l’on baptisait ethnies, aient arrêté le temps et se soient repliées sur elles-mêmes avec des valeurs et des comportements figés. […] Les peuples africains circulent, échangent, et ne sont pas indifférents à l’apport de l’autre, que cet autre soit son voisin ou l’étranger d’une autre couleur. Les peuples et les civilisations africaines sont à l’instar des autres peuples et civilisations, avec une personnalité “irréductible” à celle de l’autre – et cela concerne l’individu comme le groupe – et une similitude qui fait que l’on peut parler aujourd’hui d’une seule humanité. »

poings-lies-ok_0Parler de musiques noires nous place inéluctablement dans une pensée « raciale », développée à la faveur de la suprématie d’une Europe esclavagiste, aux visées impériales. Le concept même de musiques noires résulte du commerce triangulaire transatlantique. « La question de fond est celle des liens entre l’Afrique et l’Amérique, résume l’anthropologue Emmanuel Parent, conseiller scientifique de l’exposition. Et je crois qu’il ne faut pas essayer d’y répondre d’un bloc. Que l’on se situe à La Havane, à Rio ou à Detroit, la réponse ne peut pas être la même. » Et si l’on se place à Johannesburg, Addis-Abeba, Dakar ou Kinshasa, d’autres points de vue émergent encore …

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François Bensignor

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