BEAU LIVRE : “LES VOIX DU MISSISSIPPI”, VOYAGE EN TERRE BLEUE

20131211_Les_Voix_du_Mississippi alan-lomax-web1000 ceuta-douce-prison-web1000 greetings2_VDM khaal-1-web850 Millepages-Vincennes-voix-mississippiA peine l’œil posé sur cet ouvrage que nous voilà projetés dans un voyage dans le passé. Ses documents ont été collectés entre les années 60 et 70 et l’objet a bénéficié d’un soin de fabrication rare. Les trois cent pages d’un beau et épais papier sont protégées par une solide couverture cartonnée toilée de bleu sur laquelle ont été gravés le titre et le nom de l’auteur en blanc et or et incrusté le portrait d’un pianiste noir, mégot aux lèvres et verre de whisky à portée de main. Tenir ce livre entre les mains provoque des sensations qu’aucune tablette tactile n’est prête à procurer, mais cela n’aurait que peu d’intérêt sans son contenu inestimable. Textes, photos, cartographies et illustrations rivalisent de qualité.
William Ferris est né en 1942 dans la ferme familiale du comté de Warren, Mississipi. Contrairement aux pratiques de l’époque, ses parents l’ont élevé dans le respect des familles noires qu’ils employaient. De là découle la passion pour la culture afro-américaine qui continue d’animer Ferris. Dès les années 60, il arpente le delta du Mississippi pour recueillir, sur bandes, pellicules photo puis vidéo, des histoires et témoignages souvent édifiants des membres de la communauté noire de sa région. Dans les exploitations agricoles, les églises, les juke joints ou les pénitenciers, il découvre le blues à l’état pur. Les retranscriptions fidèles d’une trentaine de ces entretiens sont ici réunies, accompagnées de photos, d’enregistrements sonores sur un CD et de films sur un DVD. On découvre les confessions d´artistes légendaires tels que BB King, Willie Dixon ou Othar Turner, virtuose du fife and drum aperçu dans Du Mali au Mississippi de Martin Scorsese.
Dans l’introduction du premier chapitre, Ferris rapporte qu’un musicien lui confia que pour passer des spirituals au blues, il suffisait de remplacer « my god » par « my baby ». Ces deux univers dominent la culture du delta. Le révérend Isaac Thomas affirme ainsi que « le blues n’a pas sa place dans une église, ni nulle part », tandis que Lee Kizart, le pianiste de la couverture, confesse avoir préféré se séparer de sa femme plutôt que de chanter les louanges du seigneur. Un chapitre entier est consacré aux récits recueillis au sein du terrible pénitencier de Parchman. Un film montre comment les prisonniers transformaient le labeur de la coupe de bois en rythme de base pour leurs chants de lamentation. Ce livre regorge d’informations et d’anecdotes surprenantes, comme la démonstration, également filmée, du musicien Louis Dotson jouant d’une guitare à une corde bricolée en fixant sur le mur en bois de sa véranda un fil de fer récupéré sur un balai. La version française de ce livre de référence est un évènement exceptionnel, pour un prix des plus abordables (38€).
BENJAMIN MINIMUM

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